5 min de lecture
Pierre Moreau m’a reçu dans Dream Team, le podcast des leaders du sport business, pour un épisode de deux heures consacré à mes années de conseiller sport, JO 2024, vie associative et jeunesse du Président de la République. Un exercice inhabituel pour un conseiller, dont le métier consiste d’ordinaire à rester en retrait : raconter la manière avec laquelle le sport est appréhendé par un chef d’État et le gouvernement.
De l’engagement public au sport
Je ne suis pas arrivé au sport par une pratique de haut niveau (loin s’en faut) mais par un engagement politique. Militant au Parti radical de gauche dès 2002, puis huit ans à la Région Île-de-France, élu adjoint au maire du 14e arrondissement de Paris en 2014, je rejoins la même année le cabinet de Thierry Braillard, secrétaire d’État aux Sports, comme conseiller parlementaire, avant d’en devenir le chef puis le directeur de cabinet. En mai 2017, au lendemain de la passation, j’entre à l’Élysée.
L’entretien avec Alexis Kohler tient alors en une question : que faut-il faire pour le sport, à l’aune du programme et de la vision du Président ? Ma conviction de l’époque était que le sport pouvait être le terrain privilégié pour démontrer, dans un secteur, ce que le Président voulait pour le pays : de la fierté d’être français, de l’ambition et une confiance retrouvée dans les capacités de notre Nation.
Le sport n’est jamais un « petit » sujet
J’ai toujours été agacé par le réflexe « Calimero » d’un secteur qui se vit comme trop petit pour peser. Le sport n’existe pas seulement quand on parle de sport : il a sa place dans une réunion sur la santé, sur le Covid, sur la guerre en Ukraine, sur le budget ou sur la politique africaine. Encore faut-il arriver avec une contribution qui nourrit l’action des autres et ce faisant l’intérêt général.
Le travail engagé fin 2017 autour de la nouvelle relation avec l’Afrique, portée par le discours de Ouagadougou, en a été un bon exemple. Un déjeuner organisé à l’Élysée en février 2018, avec notamment le président de la FIFA, le commissaire de la NBA Adam Silver et Kylian Mbappé, a nourri l’idée de ce qui deviendra la Basketball Africa League : une compétition pensée pour créer, sur le continent, une économie du sport créatrice d’emplois et d’impacts sociaux positifs.
La Super League, en deux temps
En 2019, au congrès de la FIFA réuni à Paris en marge de la Coupe du monde féminine, le Président met publiquement en garde contre un projet de refonte des compétitions européennes qui aurait pu laisser les clubs français sur le bord de la route et menaçait le modèle sportif européen ; le projet est abandonné. Au printemps 2021, un dimanche, un appel m’annonce la création imminente de la Super League. La réponse se construit en quelques échanges avec le Président : une déclaration transmise à l’AFP avant l’annonce officielle, partagée avec nos partenaires européens, les instances et les associations de supporters.
Le projet serait sans doute tombé sans nous, tant il était mal construit. Nous avons contribué à ce qu’il tombe plus vite, au profit de ce modèle sportif européen auquel nous devons rester attachés.
Violences sexuelles : une prise de conscience à transformer
Le témoignage de Sarah Abitbol a été une déflagration. Il a accéléré des transformations structurelles, portées par Roxana Maracineanu puis Amélie Oudéa-Castéra : la cellule Signal-Sports, le contrôle d’honorabilité, les conférences nationales de prévention. Le chemin reste long. Les fédérations exercent un pouvoir disciplinaire sans pouvoir d’enquête, à côté de procédures pénales, administratives et prud’homales qui se superposent. C’est tout l’objet de mon analyse récente sur le rôle que pourrait jouer une autorité indépendante.
Après le Covid, financer la demande plutôt que l’offre
La crise sanitaire a été l’une des périodes où le sport a été le plus présent autour de la table, jusque dans le détail des règles de déconfinement. Elle a aussi été le moment de repenser l’action publique : plan 5 000 terrains, trente minutes d’activité physique quotidienne à l’école, deux heures de sport supplémentaires au collège, et surtout le Pass’Sport. Pour la première fois, l’État finance directement le pratiquant plutôt que la structure, ce qui pousse les clubs à repenser leur offre. À la rentrée 2021, les licences repartent au-delà de ce que les fédérations espéraient.
Une évaluation honnête du dispositif doit tenir compte de ce qu’il était : un levier parmi d’autres, jamais présenté comme la solution unique au développement de la pratique. Et de critères d’éligibilité devenus, depuis, trop restrictifs.
Football professionnel : CVC, et après ?
Face à la crise Mediapro et aux effets du Covid, l’État a considéré qu’il ne lui revenait pas d’interdire à la Ligue d’ouvrir le capital de sa société commerciale, sans jamais intervenir ni dans la valorisation ni dans le choix du fonds. Avec le recul, l’opération a aidé les clubs à traverser la crise ; l’apport attendu de CVC dans la gestion de la Ligue, en revanche, n’a pas été suffisamment perceptible. Des questions que l’on retrouve, à une autre échelle, dans le projet de société commerciale de la FIFA.
Paris 2024, et un regret
Le Président n’a jamais douté du succès des Jeux. Son rôle a été d’aligner l’État derrière l’ambition portée par Tony Estanguet : des conseils olympiques réguliers, des arbitrages rendus, et une vraie prise de risque, dès l’été 2021, sur une cérémonie d’ouverture sur la Seine. Mon rôle, à ma place, était de faire circuler les choses entre l’État et le comité d’organisation.
Mon regret concerne les Jeux d’hiver 2030. Je suis parti le jour où la gouvernance réunie autour du Premier ministre retenait le nom de Martin Fourcade. Perçu à tort comme le candidat de l’État, il était celui du sport français. Dans le contexte d’après la dissolution, les conditions de la confiance n’ont pas pu être réunies autour de lui, et je regrette de ne pas avoir réussi à convaincre les acteurs locaux que c’était leur intérêt.
Merci à Pierre Moreau pour cet échange.
→ Écouter l’intégralité de l’épisode
Sideline Conseil
Échangeons sur votre situation
Une échéance réglementaire, un dossier sensible, une stratégie d’influence à construire ? Exposez-nous votre enjeu — nous vous dirons comment nous pouvons vous être utiles.
ou directement à contact@sideline-conseil.fr