Interrogé par L’Équipe le 29 juillet 2026, j’analyse le projet de société commerciale de la FIFA et l’ouverture de la Coupe du monde à des investisseurs privés. Trois niveaux de critique se dégagent : la procédure, la légitimité morale, la pertinence économique.
La procédure d’abord. Une opération de cette nature suppose normalement une mise en concurrence, non seulement pour des raisons d’éthique et d’intégrité, mais aussi par pur intérêt économique, le mieux-disant étant censé produire la meilleure offre. Or le circuit compte déjà des acteurs présupposés, au premier rang desquels Thrive Eternal, fondée par Joshua Kushner, frère de Jared et donc dans l’entourage familial de Donald Trump, qui sélectionnent les fonds ou sont eux-mêmes investisseurs. Sur ce point, le constat est sans ambiguïté : « c’est totalement anormal ».
La légitimité morale ensuite. Le projet prévoit que les fédérations membres puissent elles aussi revendre leur propre part. On est donc à les yeux dans une « financiarisation totalement débridée ». Quel est le lien avec la mission première d’une fédération sportive ?
La pertinence économique enfin. Juridiquement, rien n’empêche la FIFA de passer par une société commerciale. Reste que les deux motifs qui justifient habituellement ce type de montage, un coût d’emprunt devenu prohibitif, ou la traversée d’une difficulté temporaire, sont ici tous les deux absents. La FIFA a démontré ces dernières années sa capacité à faire croître seule ses recettes, avec 15 milliards de dollars (13,1 Mds €) sur le cycle quadriennal 2023-2026, au-dessus des prévisions initiales. « Pourquoi irait-elle se grever de 20 % de ses recettes sur toute la durée d’un événement durablement attractif et qui fonctionne ? »
Le test de valorisation est éclairant. Quatre milliards de dollars pour 20 %, soit une structure valorisée à 20 Mds $ (17,5 Mds €). À titre de comparaison, la LFP a encaissé 1,5 Md € en cédant 13 % à vie de sa société commerciale à CVC, sur une valorisation d’alors de 11,5 milliards. La Coupe du monde vaut-elle seulement 1,5 fois la Ligue 1 ? Le doute est permis. Et la suspicion, dès lors, se déplace : celle de laisser quelques-uns réaliser une énorme culbute financière à la revente de leurs parts.
Et après ? Le précédent de la Coupe du monde biennale n’est pas anodin : l’idée avait été portée par Gianni Infantino, avant un recul face à une opposition très forte. Des investisseurs attirés par une meilleure rentabilité de l’événement pourraient parfaitement la remettre sur la table. Le même scénario de retrait n’est pas à exclure ici.
→ Lire l’entretien intégral sur L’Équipe (propos recueillis par Alban Traquet) : https://www.lequipe.fr/Football/Article/Projet-de-societe-commerciale-de-la-fifa-l-ex-conseiller-sport-d-emmanuel-macron-denonce-une-financiarisation-totalement-debridee/1707853
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